À propos de l’article
Cet article est écrit en collaboration avec Lolita Vérité, conseillère en optimisation des processus d’approvisionnement.
Le cycle de vie des produits, entre coûts et impacts environnementaux
Commençons tout de suite par adresser une évidence, le produit parfait, sans impact pour l’environnement n’existe pas. Tout au long de son cycle de vie, un produit aura des impacts. Les impacts sont multiples, il peut s’agir de consommation de ressources naturelles, de libération de polluants, d’émissions de gaz à effet de serre, etc. Une bonne maîtrise des flux de matière associés à ses produits est donc essentielle pour les entreprises qui désirent offrir des produits écologiques à leur client. Chaque étape du cycle de vie du produit contribue à son impact environnemental. Cela inclut l’extraction des matières premières, la fabrication, le transport, l’utilisation et l’élimination. Certains de ces impacts sont souvent perçus comme inévitables et ne sont pas toujours remis en question. Et avec le temps, on a tendance à ne plus voir les conséquences de choix de conception et de production pris par habitude, sans considérer leur impact potentiel sur l’environnement.
1. Comprendre les impacts du cycle de vie pour concevoir un produit écologique
Chaque aspect du cycle de vie d’un produit, y compris l’énergie et les matériaux consommés à chaque étape, peut avoir des répercussions considérables. Dans certains secteurs, les matières et les processus utilisés pour produire un bien peuvent représenter jusqu’à un tiers des émissions de GES de l’entreprise. Réduire l’impact environnemental du produit nécessite donc une analyse en profondeur de chaque flux de matière qui le compose. Depuis les choix de matières premières jusqu’aux moyens d’en prolonger sa durée de vie et faciliter son recyclage.
En effet, l’impact environnemental des produits ne se limite pas à la production. Les aspects liés à leur transport, leur utilisation et leur fin de vie sont aussi déterminants dans l’empreinte carbone d’une entreprise. De même, les coûts dépassent souvent les seules dépenses d’achat des matériaux. Une étude de l’ADEME montre qu’environ 90 % du coût des flux de matières est attribuable aux opérations sur le produit lors de son cycle de vie1. Trouver un équilibre entre les exigences de durabilité et les performances attendues du produit est un défi constant.
Par exemple, il faut :
- garantir la qualité du produit tout en minimisant l’utilisation de ressources non renouvelables,
- identifier les matériaux facilement recyclables ou réutilisables,
- considérer les zones de vente pour adapter les choix de matériaux.
Bien que tous ces aspects ne puissent être abordés simultanément, cet article explore les enjeux d’une conception durable. Il propose des méthodes pour optimiser chaque étape du cycle de vie des produits afin de les rendre plus écologiques. L’utilisation d’outils de diagnostic, comme l’analyse des coûts des flux de matières, est indispensable pour bien comprendre l’impact environnemental d’un produit.
2. Outils de diagnostic pour développer un produit écologique
2.1 L’analyse des coûts des flux de matières, commençons par bien prendre en compte l’ensemble des coûts.
Comme nous l’avons mentionné plus haut, il est souvent complexe de se rendre compte de l’ensemble des coûts pour l’entreprise et la société d’un flux de matière. Si la facture initiale liée à l’achat du produit ou de l’emballage est assez explicite, quelle est la part de la facture de l’entreprise de gestion des matières résiduelles imputable à cette matière ? Combien de temps nos équipes ont passé à manipuler ces produits ? Quel a été notre taux de perte sur l’ensemble du processus ?
Pour mieux comprendre la situation de son entreprise, et l’impact des emballages sur les coûts, la réalisation d’une analyse des coûts des flux de matières (ACFM) s’avérera d’une aide précieuse. Cette méthode permet de quantifier l’ensemble des coûts associés à une ou plusieurs matières premières en allant au-delà du seul coût d’achat de la matière première. Elle vise à identifier les coûts cachés liés aux emballages, essentiels pour concevoir des produits écologiques et rentables.
Une analyse de ce type permet de quantifier l’ensemble des coûts associés à ce flux de matière à savoir :
- les coûts de transport,
- de manutention (ressources, véhicules),
- de stockage,
- de gestion des matières résiduelles internes de l’entreprise et externes.
Les résultats de cette analyse permettent d’obtenir un coût par tonne de matériaux, qui servira ensuite à quantifier les bénéfices des efforts visant à réduire les flux de matières et à produire des articles plus écologiques.
3. Concepts essentiels pour des produits plus écologiques : La séquence 3RVE
Le principe des 3RVE (Réduire, Réutiliser, Recycler, Valoriser, Éliminer) est une approche hiérarchisée de la gestion des déchets. Elle vise à minimiser leur impact sur l’environnement. En appliquant ces principes à vos flux de matière, vous pourrez réduire vos coûts,diminuer votre impact et rendre vos produits plus écologiques.
Stratégie 1 : Réduire les flux de matières associés à vos produits
Réduire consiste à limiter la production de déchets en optimisant le flux de matière. Pour cela on pourra travailler sur la conception du produit et l’utilisation des ressources associées. C’est la stratégie à prioriser.
On peut par exemple mobiliser des méthodes d’écoconception pour minimiser la quantité de matière requise, choisir des emballages plus petits, ou privilégier de l’achat en vrac de certains sous-composants
L’une des réussites de notre partenaire Lolita Vérité dans ce domaine a été un projet mené avec une entreprise qui souhaitait optimiser l’emballage d’un nouveau produit. L’objectif principal était de réduire le poids des emballages et de rendre ces derniers plus respectueux de l’environnement. Le produit initial était conditionné dans un carton, accompagné d’une notice imprimée et de petites attaches en plastique et métal non recyclables pour maintenir les câbles.
“Dès la phase de conception, nous avons collaboré avec le fournisseur pour trouver des solutions alternatives plus écologiques. Nous avons d’abord demandé l’utilisation de carton FSC, provenant de forêts gérées de manière durable. Ensuite, nous avons mis au point un emballage en carton qui servait à la fois de support pour le produit et de notice imprimée, ce qui a permis d’éliminer l’utilisation des attaches en plastique.
Avant de valider ce nouvel emballage, nous avons consulté les équipes commerciales et de production pour nous assurer que le changement ne gênerait ni les clients ni les processus de fabrication. Finalement, cette solution a rencontré un franc succès sur le plan écologique et économique. Le projet a permis de supprimer 16 km par an d’attaches plastiques, réduisant considérablement les déchets produits”.
Stratégie 2 : Réutiliser
La réutilisation encourage l’usage prolongé des produits et matériaux, en leur offrant une seconde vie sans transformation majeure. On peut mettre en place des systèmes de retour pour récupérer les produits en fin d’usage ou de lavage pour permettre une deuxième utilisation du produit. Une illustration de cette stratégie consiste à réutiliser l’emballage, idéalement à plusieurs reprises. Ce fonctionnement est particulièrement pertinent entre vous et vos fournisseurs ou clients réguliers. Cette stratégie vous permet de transformer un consommable en un actif. On arrête ainsi de jeter l’emballage et de devoir le racheter à chaque livraison. A la place on utilise toujours le même équipement. Un équilibre est à trouver entre les impacts liés à une augmentation du poids pour garantir la solidité du contenant afin qu’il puisse être réutilisé. Dans certains cas, l’utilisation de contenants pliables ou empilables peut permettre de gagner un espace précieux lors du trajet retour.
Une entreprise de production de cartes électroniques a par exemple mis en place un système d’emballage navette entre elle et ses fournisseurs, en remplacement d’une livraison dans des sachets individuels. Un emballage navette est un emballage qui sera réutilisé plusieurs fois pour un produit identique et entre les mêmes entreprises. Ici, l’emballage navette est une boîte en carton contenant des séparations, en carton également, pouvant accueillir les 75 cartes électroniques. Ces boîtes en carton possèdent des renforts en mousses placées sous le couvercle. L’ensemble de ces éléments (boîte, séparation, mousse et couvercle) de l’emballage navette est renvoyé à l’entreprise par le client une fois les cartes électroniques déchargées. Ce changement a permis :
- de réduire de près de 90% des émissions annuelles liées aux emballages;2
- de réduire les coûts de l’emballage;
- de faciliter la manutention lors de la livraison, que ce soit chez l’entreprise et chez son client grâce à une réflexion approfondie sur l’ergonomie de l’emballage.
Stratégie 3 : Faciliter la réparation de vos produits
Faciliter la réparation des produits pour en améliorer leur impact environnemental commence dès leur conception. Le fabricant néerlandais de téléphones Fairphone en est un très bon exemple. Leurs téléphones intelligents sont spécialement conçus pour être démontables et réparables par les utilisateurs eux-mêmes. Chaque composant clé, de la batterie à l’écran, peut être remplacé sans outils spécialisés, ce qui prolonge significativement la durée de vie du produit. Cette approche permet non seulement de réduire les déchets électroniques, mais aussi de limiter l’extraction de ressources naturelles, puisque le remplacement d’un composant devient une alternative réaliste à l’achat d’un nouvel appareil. En pensant dès la conception à la réparabilité, Fairphone incite ses utilisateurs à prendre soin de leur téléphone plutôt qu’à le remplacer, illustrant une voie durable pour l’industrie technologique et renforçant l’idée d’une économie circulaire respectueuse de l’environnement.
Stratégie 4 : Utiliser des matériaux recyclés
L’utilisation de matériaux recyclés et recyclables permet de continuer à réduire l’impact environnemental de son produit. Le recyclage consiste à collecter, traiter et réutiliser des matériaux usagés. Il leur donne une nouvelle vie en tant que matières premières. Ce qui permet de réduire la consommation de ressources naturelles, de limiter la production de déchets et de diminuer l’impact environnemental lié à la fabrication et à la gestion des produits en fin de vie. Le recyclage peut s’appliquer à divers matériaux tels que le papier, le plastique, le verre, le métal, et les déchets électroniques. Détourner les matériaux d’une fin de vie en site d’enfouissement permet non seulement d’éviter les émissions liées à la décomposition en anaérobie du produit, mais aussi de réduire la quantité de matière première requise par le prochain produit3.
Enfin, en dernier recours il faut penser à 4-Valoriser son produit et exploiter les résidus du flux de matière pour en tirer de l’énergie ou des matières secondaires, notamment par la valorisation énergétique ou organique. Ou Éliminer qui réfère à la gestion des déchets ultimes, non réutilisables ou non recyclables, via des méthodes telles que l’enfouissement ou l’incinération contrôlée, tout en minimisant leur impact environnemental.

Conclusion : réduire l’impact environnemental grâce à des produits écologiques
En conclusion, l’optimisation des emballages représente une priorité stratégique pour les entreprises, tant sur le plan économique qu’environnemental. Nous avons vu l’importance de réduire l’empreinte carbone des emballages à travers des concepts clés tels que les 3RVE (Réduire, Réutiliser, Recycler, Valoriser, Éliminer), et des outils pratiques comme l’analyse des coûts des flux de matières (ACFM) pour identifier les coûts cachés. Ces actions concrètes permettent non seulement de réduire les déchets, mais aussi de répondre aux exigences réglementaires et d’améliorer la performance globale.
Il est temps pour votre entreprise de franchir le pas : faites évaluer vos emballages dès aujourd’hui et envisagez une analyse approfondie des flux de matières. Cette démarche vous permettra de réduire les coûts, de renforcer votre engagement environnemental et d’adopter des pratiques durables qui seront bénéfiques à long terme pour vos clients, votre image et la planète.
Si vous souhaitez vous lancer dans l’écologie vous pouvez soliciter les consultant de sustainscale ou planifier une consultation gratuite.

Cet article est écrit en collaboration avec Lolita Vérité, conseillère en optimisation des processus d’approvisionnement. Spécialisée dans l’organisation et la rationalisation des approvisionnements et de l’inventaire, elle accompagne les entreprises à améliorer leur efficacité opérationnelle. Avec son expertise, elle permet aux organisations de maximiser leurs ressources et d’optimiser leurs performances.
Références
- ADEME. (2014). Coût complet des déchets. Angers. ↩︎
- ADEME, QuantiGES – Mettre en œuvre son plan de transition, Exemple d’action : Mise en place d’emballage navette ↩︎
- Quantification of Greenhouse Gas Emissions from Wood-Plastic Recycled Composite (WPRC) and Verification of the Effect of Reducing Emissions through Multiple Recycling ↩︎